Antonio Mediato, CEO d’Altra répond aux questions de Vida Económica

« L’internationalisation est notre stratégie de survie »

 Fondée en 1997, Airzone compte actuellement 240 employés et plus de 300 000 systèmes de régulation de systèmes de chauffage et refroidissement installés dans les zones résidentielles et industrielles. L’entreprise a pour but d’accroître le taux d’exportations année après année vers toujours plus de nouveaux pays. Pour le moment, ses produits se commercialisent dans plus de vingt pays comme la France, l’Allemagne, l’Italie, le Royaume-Uni, l’Irlande, la Grèce, le Portugal, le Mexique, les Émirats arabes unis, la Jordanie ou le Koweït.

L’efficacité énergétique et l’idée de la ville intelligente ont cessé d’être des concepts abstraits pour devenir des options qui permettent à l’utilisateur de réaliser des économies mesurables. L’Europe applique déjà une réglementation stricte dont les acteurs de référence sont la France et l’Allemagne.

Dans les pays d’Europe du Nord et d’Europe centrale, il y a un intérêt considérable pour les performances énergétiques. Et cela n’est pas exclusif au secteur résidentiel, mais touche également les organisations industrielles et le secteur public. Les nouveaux maîtres-mots sont : efficacité, réduction des dépenses et durabilité.

Qui peut dire non à cela ? Altra Corporación est la société mère d’Airzone, une entreprise spécialisée dans les systèmes de régulation de chauffage et refroidissement. Ces derniers incluant désormais des systèmes de Cloud.

Airzone reste le pilier de cette entreprise et son principal moteur de croissance. Située dans le PTA de Malaga et, contrairement au reste du secteur, a connu une croissance importante. Et ce, malgré l’incertitude et les retombées du Covid-19 tout au long de cette année. Antonio Mediato, le PDG d’Altra, nous reçoit au cœur de la Technopolis pour nous expliquer comment ils font face à cette nouvelle ère que nous vivons et leur stratégie future.

La question est évidente, mais comment la Covid-19 a-t-elle affecté votre activité industrielle ?

Nous sommes en croissance de 20% en comparaison avec les chiffres de 2019. C’est miraculeux compte tenu de conjoncture actuelle, d’autant plus que le secteur industriel, lié à la climatisation, a chuté de 27%. Nous sommes heureux de ne pas avoir eu besoin de recourir à la réduction des heures de travail ou au chômage partiel.

Et pendant le confinement ?

L’usine Airzone est restée ouverte car nous sommes fournisseurs d’activités essentielles telles que des hôpitaux, des centres de santé, des cliniques, etc. Pour éviter le regroupement d’un grand nombre de travailleurs et assurer les distances, nous sommes passés de deux à six groupes de travail répartis du lundi au dimanche. L’objectif était d’avoir moins d’opérateurs travaillant en même temps et de diviser l’usine en petits espaces. Le gouvernement a formulé des recommandations quelque peu vagues, c’est pourquoi nous avons dû faire en sorte de les rendre plus cohérentes. En fin de compte, en suivant notre bon sens tout s’est bien passé.

Comment avez-vous fait face au télétravail ?

L’expérience pour les employés administratifs fut bonne durant le confinement. Toute fois au fil du temps, nous avons réalisé qu’il manquait quelque chose. Je veux dire, ces moments des pauses café et de coexistence. Ces moments de travail qui n’en sont pas vraiment. Peu à peu, les liens entre collègues et le sentiment appartenance à l’entreprise s’estompaient. En fin de compte, tout le monde à un projet personnel et professionnel. Actuellement, l’ensemble du personnel travaille dans le siège social contrairement au reste des entreprises du parc technologique. Nous respectons strictement les normes de sécurité, maintenons les distances de sécurité, avons déplacé des personnes et distribué des espaces, etc.

Altra n’a imposé ni chômage partiel ni réduction des heures de travail

Qu’est-ce que les exportations représentent pour Altra?

Tous les marchés étrangers sont en croissance. La France reste le principal client suivi par l’Espagne. L’Italie, les États-Unis et l’Allemagne, dans cet ordre, se comportent plutôt bien. À l’heure actuelle, les exportations représentent 70% de l’activité, tandis que le marché intérieur couvre les 30 autres pour cent. Je considère que l’international est une assurance-vie pour nous. Plus vous vous diversifiez, plus vous êtes robuste. En conclusion, je dirais que l’exportation est notre stratégie de survie sans laquelle nous serions tombés dans une crise similaire aux précédentes.

Certains pays européens, comme la France ou l’Allemagne, exigent des niveaux d’efficacité et d’impact environnemental beaucoup plus élevés qu’en Espagne, n’est-ce pas ?
Dans ces destinations, Airzone se démarque. Le produit que nous mettons sur le marché s’aligne aux stratégies européennes en matière d’efficacité énergétique, d’environnement et de télécommunications.

Quel est le facteur de différenciation d’Airzone ? En d’autres termes, qu’est-ce qui la rend si compétitive ?

Nous sommes présents dans le domaine de la climatisation résidentielle et industrielle (chauffage, ventilation et climatisation). Dans les deux cas, nous faisons en sorte que les équipements de climatisation et de chauffage se connectent aux systèmes de communication. Autrement dit, nous leur donnons une couche d’interconnexion qui, de base, ils ne possèdent pas. C’est pourquoi les appareils sont équipés de systèmes de cloud.

Nous prévoyons de lancer un système développé par Airzone capable d’éliminer les particules, les pollens et les bactéries présentes dans l’air début 2021

Cette efficacité couplée à une plus grande intercommunication, permet-elle de réaliser des économies ?

Tout dépend de la zone climatique dans laquelle vous vivez, des heures d’ensoleillement et d’autres variables qui entrent en compte. Dans tous les cas, un système Airzone a un rendement énergétique de 30 à 50 % supérieur à celui d’un équipement classique. En Espagne, la cote énergétique est un label qui quantifie ce que votre maison ou votre appareil ménager consomme. Toutefois, dans des pays comme la France et l’Allemagne, vous n’êtes pas autorisé à construire si vous ne disposez pas d’un numéro de classement énergétique. Et dans ce cas, l’équipement d’Airzone est extrêmement attractif. Disons que ce qui était optionnel est passé à être quelque chose de presque obligatoire.

Il n’y a que des facteurs énergétiques qui entrent en jeu dans l’achat d’équipements Airzone ?
Bien sûr que non. Il existe une autre variable qui affecte l’utilisateur final. Nos machines communiquent avec les gens. En fait, vous pouvez allumer votre système de chauffage ou de refroidissement sur le chemin de la maison ou personnaliser la température de chaque pièce ; vous pouvez même contrôler la consommation d’énergie en temps réel. Nous avons constaté que la gestion à distance permettait en général de réaliser des économies de 25 %.

Vous disposez d’accords avec de grands fabricants de CVC, n’est-ce pas ?
Effectivement, avec Daikin, Mitsubishi et Hitachi par exemple. Ils implémentent les solutions Airzone dans leurs propres solutions. Ils s’agit de systèmes électroniques IoT (internet des objets) pour communiquer avec eux. Dans le cas de Daikin, nous sommes un fournisseur de Webserveurs. C’est ce qui permet aux équipements CVC de dialoguer avec les utilisateurs finaux par le biais d’une application développée par l’entreprise.  L’accord avec Hitachi est destiné à l’Europe et a un impact particulier sur le marché français où la marque japonaise a un poids important.

Notre taux de croissance est de 20 % par rapport à celui de l’année dernière. C’est un exploit

Comment se porte le marché espagnol ?

Pendant le confinement, il y a eu quelques mois de cessation d’activité industrielle qui ont également affecté la construction. Or, nous avons ensuite connu une période d’effervescence. Cependant, je pense que cela est davantage lié au fait que les promoteurs veulent conclure les travaux par crainte de la proclamation d’un nouvel état d’urgence. Au niveau résidentiel, le confinement a généré un changement d’attitude envers le produit. Les familles passent plus de temps à la maison et sont prêtes à investir davantage dans la climatisation sachant que bon nombre n’a pas dépensé d’argent en vacances ou en sorties. Je pense qu’il y a encore un bon créneau commercial. En fait, des économies ont été involontairement réalisées par peur de la Covid-19 et par précaution en matière de dépenses énergétiques.

Du nouveau concernant les produits ?

Nous prévoyons de lancer un système développé par Airzone capable d’éliminer les particules, les pollens et les bactéries présentes dans l’air début 2021. C’est la nouvelle ligne stratégique d’Altra. Nous aimerions aller au-delà du Coronavirus. Il y aura un vaccin plus tard, c’est certain. Cependant, les masques resteront avec nous. À mon avis, nous ne parlerons pas seulement de la chaleur et du froid, en termes de climatisation, mais aussi de la qualité de l’air dans les grands espaces tels que les restaurants, les cliniques, les hôpitaux, les hôtels, les salles de spectacle, les gymnases. Et, avec le temps, tous les organismes demanderont une purification plus importante. Je dois dire que nous y travaillions déjà, mais l’apparition de la Covid-19 a accéléré ces projets. En 2030, nous verrons probablement un nouveau concept lié à la qualité de l’air intérieur. Cette préoccupation mondiale conduira à l’émergence d’un label similaire à celui de l’énergie mais qui définira les paramètres de ce que nous respirons.

Le premier marché pour Airzone est la France, qui représente un tiers des ventes. Suivie par l’Espagne, l’Italie et les États-Unis

Comment envisagez-vous l’année 2021 ?

Je vois un bel horizon. L’Europe exige de plus en plus des systèmes efficaces, propres – sur le plan environnemental – et à faible consommation d’électricité. Si vous voulez aplatir cette courbe de consommation, vous allez devoir utiliser des systèmes de régulation de contrôle. En conséquence, il va y avoir une révolution dans le monde de la construction, de l’industrie et de l’installation. D’autre part, l’Union Européenne va donner de l’argent aux villes et aux entreprises pour qu’elles se modernisent en mettant en place des systèmes de ce type. C’est l’a que nous intervenons.

Antonio Mediato est ingénieur de formation et gestionnaire atypique. Il n’aime pas se précipiter et préfère une atmosphère détendue dans l’entreprise. Il encourage la meilleure collaboration possible entre les employés. Dès que les circonstances l’ont permis, après le confinement, il a préféré que les employés administratifs en télétravail reviennent dans les locaux du PTA (Parc Technologique d’Andalousie). Il aime les avoir à proximité et entretenir un bon esprit d’entreprise.
Il ne s’agit pas de rendre un service à l’entreprise, mais tout le contraire. L’objectif est qu’Altra leur apporte à tous une expérience enrichissante, tant sur le plan professionnel que personnel.
Sur le plan entrepreneurial, il s’est adapté comme aucun autre dirigeant aux crises successives qui ont frappé la région, et de toutes, il est sorti indemne.
Altra va à contre-courant. Elle augmente ses activités alors que le reste de son secteur s’effondre. Les clés de son succès sont une clairvoyance absolue dans la détection des nouvelles tendances du marché et un engagement évident en faveur de la R&D pure, même dans les périodes difficiles.
Sans oublier une bonne gestion d’équipe et une grande générosité.

Écrit par Juan Alberto Gómez – www.vidaeconomica.com

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